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L'entrepreneuriat social et solidaire

L'entrepreneuriat social et solidaire

Une année marquée par la crise COVID

Comme l’ensemble de la société, nos activités n’ont pas manqué d’être affectées par la pandémie de COVID-19, avec des effets et une durée d’impact variables selon les secteurs.

Pour la construction, deux marchés différents

Pour nos entreprises actives dans le domaine de la construction, les effets de la crise sanitaire se sont ressentis différemment selon le type de clientèle.

Le secteur placement au ralenti

Co-Terre, qui preste principalement pour le secteur industriel et tertiaire, a été sérieusement impactée. D’abord son fournisseur de cloisons, ensuite de nombreux clients ont fermé complètement leurs portes. Cette situation l’a mise à l’arrêt durant une bonne partie du second trimestre. Dans un deuxième temps, les entreprises devenues frileuses en matière d’investissements, le carnet de commandes s’est rempli beaucoup plus difficilement. Le chômage temporaire coronavirus, de mise depuis le deuxième trimestre 2020, a dès lors été prolongé pour une partie des équipes. Ce stress pour les travailleurs est venu s’ajouter à celui d’apprendre à vivre avec le virus et la mise en place des mesures de prévention.

Cette situation a compliqué la mise en œuvre du plan de développement sur les provinces du Brabant wallon, de Hainaut et de Namur. Ce plan s’appuie sur trois piliers : un délégué technico-commercial supplémentaire, un travail de réseautage avec des partenaires aux activités complémentaires à la pose de cloisons amovibles et une communication digitale renforcée. Les demandes de prix sont aujourd’hui en nette augmentation, mais leur taux de concrétisation doit encore retrouver celui d’avant la crise. Les mesures prises par le gouvernement ont permis de faire le gros dos et Co-Terre est aujourd’hui en ordre de marche.

L’isolation acoustique, télétravailler dans le calme

Pour les sociétés Pan-terre et Acoustix, qui produisent et commercialisent des panneaux d’isolation acoustique, les effets de la crise auront été moins préjudiciables. La fermeture des négoces et le passage à la vente en ligne lors du premier confinement ont demandé à l’équipe de vente de réinventer rapidement sa manière de travailler. Les conseillers technico-commerciaux ont néanmoins pu, dans la deuxième moitié de l’année, effectuer plus de visites de chantiers. Les travaux d’isolation acoustique se sont poursuivis à un rythme soutenu. On note même, sur l’ensemble de l’année 2020, une bonne tenue des ventes. L’année 2020 s’est terminée pour Pan-terre et son équipe par un rythme de production intense.

Le confinement n’y est sans doute pas étranger : un défaut d’isolation acoustique passable en temps normal peut rapidement devenir insupportable lorsqu’on passe la majorité du temps à domicile. La généralisation du télétravail a également créé un besoin d’aménagement d’espaces de travail isolés des bruits de la maison. Enfin, les restrictions en matière de voyages auront probablement suscité un glissement de portefeuilles du poste vacances au poste rénovation.

Récupération de déchets : des métiers en première ligne

Une année intense pour la collecte et le transport de déchets

Les collectes sélectives de déchets, considérées comme services essentiels, se sont poursuivies tout au long de l’année, avec des tonnages en nette augmentation, en raison d’une part du développement exponentiel du commerce en ligne, gros consommateur de cartons d’emballage, et d’autre part par la plus grande production de déchets d’une population confinée à domicile. Deux mille vingt coïncidait également avec la première année complète où les plastiques durs pouvaient être déposés dans le sac des PMC. En pleine pandémie, Récol’Terre a réussi à relever ce défi supplémentaire. Seuls les chauffeurs affectés au transport des déchets des recyparcs ont connu un mois de chômage temporaire au début de la crise sanitaire. Un court moment d’arrêt avant une intensité jamais connue auparavant dans ce secteur : le confinement a certainement incité une grande partie de la population à faire des travaux ou du rangement à domicile et à évacuer ses déchets vers les recyparcs.

Pour assurer la continuité du service tout en veillant à la sécurité, une série de mesures de protection a été mise en place. Au sein des équipes, le stress était palpable lors de la première vague. Mais c’est lors de la deuxième que les difficultés se sont fait sentir : certains travailleurs sont tombés malades, d’autres étaient en quarantaine. Même si tous sont heureusement sortis indemnes, il a fallu trouver des solutions pour les remplacer et continuer à collecter des tonnages toujours très importants. La mobilisation constante de l’équipe tout au long de l’année est à saluer.

Papier-carton : risque de pénurie et envolée des prix

Tri-Terre récupère le papier-carton provenant des collectes sélectives auprès des ménages, un service considéré également comme essentiel durant la crise sanitaire. Le challenge fut de maintenir l’activité tout au long de l’année, notamment par la mise en place de différentes mesures de prévention. L’arrêt de certaines collectes en Europe a provoqué une pénurie sur le marché. Plusieurs fédérations ont rapidement tiré la sonnette d’alarme et souligné le manque de matière première pour produire les emballages de médicaments et de denrées alimentaires. Cette tension sur le marché a provoqué une envolée des prix dont Tri-Terre a pu bénéficier après une année 2019 financièrement difficile.

Avec le développement des ventes en ligne, le gisement a radicalement changé ces dernières années : sa composition est passée d’une majorité de journaux-revues à une majorité de cartons. Cette transformation impose de moderniser la ligne de tri afin de respecter le cahier des charges des papeteries. Dans ce cadre, le tri manuel va céder sa place à des équipements optiques plus précis. Pour reconvertir les opérateurs de tri, plusieurs pistes sont testées : l’emballage de chiffons d’essuyage, le nettoyage de bocaux et de bouteilles réutilisables pour le compte de micro-brasseries ou le tri d’objets du quotidien destinés à la vente en seconde main.

Récupération de textile : afflux de dons… et de déchets

En matière de récupération de vêtements, l’année 2020 aura été celle de tous les records pour Terre asbl dont les collectes se sont poursuivies sans interruption tout au long de l’année : un record au niveau du tonnage collecté malheureusement accompagné d’un taux très important de déchets déposés dans et aux alentours des bulles. C’est principalement lors du premier confinement, lors de la fermeture des parcs à conteneurs, que les dépôts sauvages se sont accumulés aux pieds des bulles, rendant plus difficile encore le travail de vidange de celles-ci.

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Face à cette augmentation des dons, l’enjeu était de pouvoir traiter ces textiles. Même si le tri a pu se poursuivre pratiquement à l’identique, des espaces de stockage ont dû être loués pour entreposer le surplus. C’est le secteur des magasins qui a été le plus touché par la crise, avec de longs mois de fermeture imposée. Le click and collect testé dans deux magasins offrait des résultats trop faibles pour couvrir les frais. À ces périodes de fermeture, on ajoutera beaucoup d’incertitudes par rapport à l’application des protocoles (les vêtements essayés peuvent-ils être remis en rayon ?...). Malgré ce contexte difficile, trois magasins ont vu le jour en 2020 : des Terre Factory Shopping – ce nouveau modèle de grande surface – se sont ouverts à Couvin, à Genappe et à Ans-Rocourt, ce dernier proposant, en plus des vêtements et accessoires, des meubles de la Ressourcerie du Pays du Liège.

L’exportation de friperie vers les pays du Sud a, quant à elle, continué. C’est d’ailleurs la diversité de sa clientèle, ainsi que la taille de l’entreprise, qui ont permis à Terre asbl de passer le cap de 2020. La société Clicote, qui valorise les invendus d’autres récupérateurs belges d’économie sociale, a également continué à travailler avec ses 150 partenaires.

Du côté de Fleur Service Social

Chez Fleur Service Social, les activités n’ont pas toutes été pénalisées de la même manière : alors que les magasins ont subi trois mois de fermeture imposée, la collecte d’objets à domicile n’a été suspendue que de mars à mai, tout comme les déménagements sociaux (ce qui se traduit par une vingtaine de déménagements de moins que prévu). En revanche, dans l’ensemble des secteurs, une même inquiétude régnait : quels risques prend-on en exerçant notre métier, en étant en contact avec la population lors des collectes à domicile ou lors de la vente en magasin, en manipulant les objets à trier ?

Très contrastée pour l’association, l’année 2020 a marqué un coût d’arrêt dans l’important développement de l’activité de récupération des biens du quotidien de ces dernières années. Par ailleurs, malgré le contexte de crise, Fleur Service Social a continué à structurer son activité d’accompagnement par le logement de personnes en situation de précarité par l’engagement d’une accompagnatrice sociale et l’augmentation de ses possibilités de logement. Deux mille vingt restera aussi l’année du départ d’A. et H. Roberti, qui ont porté bénévolement l’activité de logement au sein de l’association. Merci à eux pour leur investissement au quotidien.

La brocante de la solidarité, organisée deux fois par an par Autre Terre, est une activité essentielle dans la recherche de fonds pour soutenir les projets de développement menés dans le Sud. En 2020, tant en avril qu’en octobre, l’événement a dû être annulé. Pour faire face à cette perte considérable, Autre Terre a revu sa stratégie de récolte de fonds : développer les ventes au magasin Planète R (dont un second point de vente a ouvert ses portes en avril 2021, à Fléron), amplifier les dons par le recours à des crowdfundings, multiplier l’envoi de dossiers de demandes de fonds auprès de fondations. La forte implication de l’équipe et une communication soutenue ont permis à Autre Terre de sortir la tête de l’eau en 2020.

Du côté des partenaires Sud

Les partenaires Sud d’Autre Terre ont vécu également des situations fort différentes en fonction de leur situation géographique, l’Afrique étant moins touchée que l’Amérique latine. La population africaine, plus jeune, confrontée plus régulièrement à des virus, déjà habituée à certaines mesures d’hygiène élémentaire, bénéficie peut-être également des effets positifs d’un climat plus sec.

Le Pérou a été touché de plein fouet, avec une mortalité importante, malgré des périodes de confinement strict très longues, des interdictions de sorties du domicile et des restrictions de voyages au sein même du pays. Les collectes de déchets organisées par les Femmes Eco-solidaires à Arequipa ont été stoppées pendant plusieurs mois, faute d’autorisation de sorties, gelant aussi les revenus de l’activité – qui, pour certaines femmes, représentent leur unique revenu. Les partenaires actifs dans l’agroécologie, situés à la campagne, soumis à moins de contrôle, ont pu continuer à cultiver. C’est pour écouler leurs marchandises et avoir accès aux marchés (des villes avoisinantes ou de Lima) qu’ils ont rencontré plus de difficultés. Tout ça s’ajoute à une situation économique déjà difficile dans un contexte de crise politique, avec un changement de présidence qui se passe difficilement.

Développement de nos activités

Si l’épidémie de Covid a bousculé de fond en comble nos activités, nous obligeant à gérer en premier lieu l’urgence, il n’en reste pas moins essentiel de continuer à les développer.

Investir dans la formation des chauffeurs et des chargeurs

En 2020, l’accent a été mis sur la formation des nouveaux chauffeurs de Récol’Terre avec d’abord la mise en place d’un parcours-test préalable à la première tournée, ensuite l’accompagnement d’un chauffeur titulaire et enfin l’établissement d’un bilan de compétences avec le service technique.

Le métier de chargeurs, quant à lui, est parfois comparé à celui d’athlète de haut niveau. Pour le pratiquer sur le long terme, il est primordial de préserver la musculature et les articulations. Une sensibilisation à l’importance des gestes préventifs a été organisée. Ce programme devrait être complété en 2021 par des séances de stretching. Récol’Terre réfléchit aux possibilités de dédier un local à la pratique d’échauffements-étirements.

Pour 2021, l’objectif est de mieux accompagner les chauffeurs-remplaçants à l’aide d’itinéraires informatisés. Jusqu’à présent, pour effectuer des tournées qu’ils ne maîtrisent pas, ceux-ci pouvaient compter sur l’aide d’un chargeur expérimenté, mais cela nécessitait des coups d’œil réguliers dans le rétroviseur. Le guidage à l’aide d’un plan papier tout au long de la journée n’est pas non plus idéal pour se concentrer sur toutes les exigences liées à la conduite. Début 2021, pour améliorer la sécurité mais aussi la productivité, un premier camion a été équipé d’un ordinateur de bord capable d’enregistrer une tournée avec toutes ses spécificités, avant de la restituer sous forme de guidage GPS. Le test est concluant; la décision est prise de poursuivre avec les autres véhicules de la collecte porte-à-porte durant l’été.

Renforcer la dimension locale de la réutilisation

En juin 2020, le conseil d’administration de Terre asbl a pris la décision d’ouvrir une base de collecte en Province de Luxembourg, avec pour objectif de diminuer le nombre de kilomètres à parcourir pour effectuer les tournées de vidanges des bulles à textile, de réduire ainsi l’empreinte environnementale tout en développant l’emploi dans une nouvelle zone géographique. Avec un léger retard en raison de la crise, la base de Neufchâteau s’est bien ouverte en mai 2021. En parallèle, un Terre Factory Shopping a ouvert ses portes, à Neufchâteau également. Ce magasin propose, en plus des vêtements, des meubles et objets du quotidien grâce à un partenariat avec l’Entrep’eau, une entreprise bastognarde d’économie sociale active également dans l’insertion socioprofessionnelle.

Au niveau des fédérations

TESS, un Groupement Européen d’Intérêt Economique initié par Terre asbl, rassemble des entreprises d’économie sociale espagnoles, italiennes, françaises et belges. Sa mission a été formulée comme ceci : « tous les textiles, linge de maison, chaussures et accessoires vestimentaires d’origine ménagère, usagés ou inutilisés, sont récupérés, c’est-à-dire collectés, triés, traités et valorisés, par des entreprises d’économie sociale et solidaire. Celles-ci donnent priorité à la réutilisation sur le recyclage puis les autres formes de valorisation. Elles privilégient es circuits courts et l’emploi local, en priorité pour les personnes éloignées du marché du travail telles que précisées dans le règlement européen 2204/2002 ».

En 2020, TESS a recruté deux business developers – l’un basé au Togo, l’autre en Uruguay – chargés d’identifier les partenaires en Afrique et en Amérique Latine lui permettant de remplir sa mission.

La fédération Ressources

La collecte par bulles à textile est un service à la population considéré comme essentiel. Mais en plus de l’afflux de textile lié au confinement (une grande partie de la population a mis à profit le temps passé à la maison pour faire du tri), la fermeture d’autres circuits de récupération comme les parcs à conteneurs a provoqué un grand nombre de dépôts sauvages, aux alentours des bulles, de déchets en tout genre. La fédération Ressources a travaillé à faire reconnaître les spécificités de ses membres durant cette crise sanitaire par un lobbying auprès des pouvoirs publics. En Belgique, contrairement à la France, les magasins de seconde main n’ont pas été considérés comme services essentiels, malgré les nombreuses interpellations de Ressources. Leur rôle est pourtant crucial en matière de lutte contre la précarité en permettant à une population fragilisée – qui n’a souvent pas accès à l’e-commerce ou au click and collect – de s’équiper de produits de première nécessité à petits prix.